( 16 avril, 2009 )

Comment se fera la révolution?


Bonjour,

 

Sans vouloir faire dans le catastrophisme, il me semble aujourd’hui que la question de la révolution est réglée, il en faut une et il y en aura certainement une d’une ampleur supérieures aux dernières, comme à chaque fois. Mon but est donc d’essayer de déterminer, pour la France, quel type de révolution aura lieu et si possible, essayer de savoir quand elle arrivera.
Mais qu’est-ce qu’une révolution? Une révolte sanglante et aveugle pour défouler les passions et exacerbations populaires? Un changement rapide des mentalités? Un mouvement populaire assez puissant pour se faire entendre?

La révolution doit-elle impérativement se faire dans le sang? par la force? Doit-elle impérativement réunir les conditions d’un coup d’Etat?

De tout temps et dans tous les pays il est constant qu’une révolution oppose d’un côté une élite en place, plus ou moins par filiation et relations, plus ou moins légitime, plus ou moins oppressante, plus ou moins à l’écoute du peuple, et de l’autre une nouvelle élite qui vit au milieu du peuple, en connaît les besoins sans avoir besoin de lire les sondages, connaît le coût de la vie sans avoir à lire des statistiques, n’est pas coupée par un complexe de supériorité lié à des rémunérations sans commune mesure avec celles des citoyens qui font le pays ainsi qu’à des postes aussi prestigieux et important que le manque de compétence, de morale et de valeurs de ceux qui les occupe. Cela doit forcément arriver un jours puisqu’ils occupent ces postes plus par la grâce de leurs aïeux qui leur en ont ouvert la voie en la fermant aux autres que pour leurs compétences.

Par ailleurs, la première élite est plus ou moins corrompue avec l’argent et ceux qui en veulent toujours plus alors que la seconde élite, connue mais ignorée par la première, ne réclame pour eux et pour le peuple que les moyens de vivre décemment.

Lorsque l’emploi se raréfie, que l’argent vient à manquer, que les conditions de vie se font plus dures pour les pauvres (Dans mon esprit = tous ceux qui gagnent moins de 3000 €/mois net à Paris, 2400 en province, sachant qu’ils y a encore les impôts et taxes à payer avant d’avoir le droit de vivre librement), que l’avenir s’assombrit pour les travailleurs et qu’il est tout simplement en « stand-by », à l’arrêt, pour les étudiants sortant de leur formation, il n’est pas étonnant que la grogne gagne les gens.

De plus, cela fait des siècles que les gros salaires justifient leurs émoluments monumentaux par leurs énormes responsabilités. Dans ces responsabilités, il y en a une qui semble avoir été oubliée, c’est la pérennité de l’emploi et de l’entreprise. Car des emplois stables sont la meilleure garantie d’une consommation stable et donc d’une croissance stable.

Or, cette stabilité a été mise en péril par l’attitude irresponsable de ces personnes avides depuis une bonne quinzaine d’années, poussées ou non au rendement des actions par des actionnaires tout aussi irresponsables d’autant qu’ils sont souvent à un poste similaire dans une autre grosse entreprise. Au lieu de dégager des bénéfices parce que l’entreprise est stable et tourne bien, ils ont dégagé des bénéfices en créant une richesse virtuelle par des délocalisations et des licenciements. Autrement dit, l’argent qui aurait du revenir dans les poches des salariés a fini dans les poches des gros actionnaires (ceux qui ont des voix au conseil d’administration, les autres sont juste là pour faire effet de levier sur les bénéfices et parachute en cas de coup dur) et les salariés se retrouvent chômeurs.

Cette stratégie est efficace à court terme car les bénéfices issus des économies (de bout de chandelle) de ces manœuvres dolosives entrent rapidement dans le compte de résultat alors que les pertes qu’entraîneront la ruine des milliers de consommateurs/travailleurs sur le carreau ne se verra que lorsqu’ils auront dépensé toutes leurs économies, soit quelques années plus tard.

Le problème aujourd’hui est que les responsables de la situation ne veulent pas passer à la caisse, ils préfèrent laisser la France s’enfoncer, lentement, mais sûrement, dans la faillite, espérant probablement pouvoir tirer leur épingle du jeu au moment fatidique. Ils préfèrent nier leurs responsabilités, ne pas voir la crise en continuant à s’en mettre plein les poches alors même que leurs entreprises sont à deux doigts de la faillite.

Un tel comportement est totalement inacceptable car il met en danger la société entière et les auteurs de ces comportements devraient être très lourdement sanctionnés car les conséquences de leurs agissements sont bien plus lourdes que les conséquences de n’importe quel crime répertorié dans un code ou non, à part peut-être la haute trahison d’un représentant du peuple.

Pourtant, et malgré l’appel du peuple vers ses représentants à agir fortement pour sanctionner ces pratiques odieuses, seul un timide décret qui concerne moins de 10 entreprises a été pris. Le peuple élit des représentants sur un programme qu’ils se doivent de respecter et pour appuyer cette évidence j’aimerai ici citer un de nos représentants, Nicolas Sarkozy, lorsqu’il s’adressait à d’autres représentants, les parlementaires de la majorité, au Palais de l’Elysée, le 20 juin 2007 :

« Je veux vous dire quelque chose : ce que j’ai dit pendant la campagne, j’y croyais et j’y crois toujours. Ce que j’ai dit pendant la campagne et qui a été approuvé par les Français va être mis en oeuvre. Je le dis à tous ceux qui ont tendance à oublier. Je le dis à tous ceux qui ont un peu de mal à accepter cette idée simple selon laquelle les programmes politiques ont vocation à être appliqués. Je le dis à tous ceux qui ont un problème avec la démocratie. Je ne laisserai pas faire cela. » (P.15)

Je continuerai par un autre extrait de ce discours (P.9) :

« Les Français ont fait ce choix en ce moment décisif l’un de ces moments historiques où tout se joue, l’un de ces moments ou l’erreur n’est plus permise parce que trop d’occasions ont été perdues, un moment que nous devons réussir ».

Je ne sais pas à quel point Monsieur Sarkozy mesurait l’ampleur historique de la période qu’il préside au moment de ce discours, mais aujourd’hui, il est servi sur le côté historique et il serait vraiment temps de commencer à « conduire une autre politique que cette politique par laquelle depuis des décennies une petite élite, qui croit tout savoir, veut imposer au plus grand nombre les sacrifices que, par ailleurs, elle s’est révélée [et se révèle toujours] incapable de s’appliquer à elle-même. » (P.17) Car cela permettrait de faire une révolution sans verser de sang.

Si le peuple Français demande à l’Etat de faire (de finir) la révolution, c’est pour la bonne et simple raison qu’il veut garder la démocratie tout en détruisant le libéralisme capitaliste. Bref, il ne veux pas une réforme de l’Etat, il veut une réforme du statut des super-patrons parce qu’aujourd’hui ces derniers font n’importe quoi aux yeux du Peuple souverain et il voit en l’Etat un allié, puisqu’il pense en avoir choisi les membres (ses représentants) et non un ennemi. Mais cette situation peut changer, surtout si le peuple se sent trahi.

Pour « aller chercher le ressort principal de la croissance » il faut « de l’identité, de la morale, des valeurs » (P.19), c’est bien ce que pense le citoyen lambda, mais je me demande bien où sont les valeurs et la morale d’un type qui demande lors d’un vaste rassemblement de cadres « Puisque l’action de TF1 est au plus bas, ne serait-ce pas le moment de distribuer des stock-options » (source : Le Canard Enchaîné du 15 avril 2009). Moi je suis patron, en cette période très dure ou je demande des sacrifices à tout le monde autour de moi, le type je le vire sur-le-champ tellement il a prouvé pour le moins son inadaptabilité voir son incompétence. Mais là, non, même pas un petit rappel à l’ordre moral ou aux valeurs.

Je crois bien que pour aller chercher le ressort principal de la croissance, Monsieur Sarkozy, il va falloir aller nettoyer tout ces rassemblements de décideurs de grandes entreprises des personnes sans valeurs ni morale, autrement dit de ceux qui ne resteraient pas pour un salaire décent (et donc considérablement revu à la baisse, vu que nous parlons des plus gros salaires de l’entreprise).

Si vous voulez vraiment des entreprises compétitives, commencez par légiférer sérieusement sur les stock-options, les retraites chapeau, les parachutes doré et tout système qui déleste l’entreprise des fonds qu’elle a besoin de mettre de côté en prévision des mauvais jours. Ensuite, prenez les mesures nécessaires pour protéger ces entreprises de la spéculation, des OPA et autres agressions économiques liées aux fonds mis de côté (il y aura toujours des charognards, il faut donc faire en sorte qu’ils ne puissent que « manger » des entreprises déjà mortes ou en mauvaise santé).

Enfin, tout cela ne servira à rien si vous n’allez pas récupérer l’argent détourné de son usage normal là ou il a atterri, d’une manière ou d’une autre. L’interdiction du territoire Français voir européen, y compris de la zone aérienne pourrait être un levier assez puissant pour contraindre les personnes concernées à plus de solidarité.

Mais faire tout ça, ce serait une véritable révolution. C’est celle-là qu’attendent les Français, c’est celle-là qu’attend le monde. Cette révolution qui donnerait à tous les moyens de vivre décemment dans son pays.

Mais cette révolution n’aura lieu qu’avec une volonté politique d’y  parvenir. Sans cette volonté, le « nouveau capitalisme » ne sera que la pâle copie de l’ancien, un capitalisme libéral sans valeurs ni moral. Plus probable encore, sans cette volonté, le nouveau capitalisme ne sera pas. En effet, aucune puissance, même toutes ensembles, n’a les moyens de redonner confiance à son peuple. Aucun Etat ne pourra tenir toutes les promesses annoncées par ses dirigeants. La confiance ne sera pas regagnée en mettant en place un système identique à l’ancien. Cette perte de confiance se traduit aujourd’hui par la récession, et si rien est fait, elle se traduira demain par la faillite des systèmes monétaires mondiaux. Il y aura alors des émeutes partout dans le monde, au sud et au nord, la tête de toutes personnes qui à l’air riche ou puissant sera réclamée par des gens affamés, les armées ne seront plus payées et donc plus contrôlées pas les Etats, idem avec la police, les hôpitaux, les pompiers, les enseignants, les chômeurs, les retraités et tous ceux qui dépendent de l’Etat de près ou de loin (sous-traitants…) et seul la bonne volonté des gens pourra limiter les horreurs qu’entraîneront ce chaos.

 

Pour conclure, je pense donc qu’il y a deux révolutions possibles, la seconde, la violente, n’arrivera que si la première n’a pas lieu. En France les dirigeants n’ont plus qu’à peine trois ans pour y parvenir, il en est probablement de même pour tous les autres pays. Quoi qu’il en soit, les peuples de tous pays sont à bout de patience et les décevoir une fois de plus, surtout en ces moments très difficiles, c’est s’assurer qu’ils reprendront d’une manière ou d’une autre le contrôle de leur destiné commune.

Cordialement

 

 

 

 

 

 

1 Commentaire à “ Comment se fera la révolution? ” »

  1. Vallerie dit :

    You write very well.

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